Jour 4 : Tartu

Cette fois ci, je me suis réveillé comme une fleur, trente minutes avant l’alarme. Ce qui m’a laissé tout le loisir de flâner d’internet jusqu’à la douche, et de retrouver Dmitrijs autour d’un petit-déjeuner préparé par ses soins. Notre homme russe est en fait âgé de 64 ans, et il est la bienveillance incarnée. Il s’assoit en face de moi pendant que je déguste ses oeufs au plat, et armé d’un sourire sincère et de deux immenses yeux bleus, m’adresse quelques questions à l’aide de Google Trad. Il vit à Daugavpils six mois par an, puis s’en retourne auprès de sa famille… à San Diego.

Il a deux fils, et déjà trois petits enfants qui lui manquent énormément m’indique-t-il. Son premier fils est marié à une russe, le second toujours en étude. Il passe les six mois d’été en Lettonie qu’il a rejoint en 1987 pour enseigner à l’économie à l’Université de Daugavpils. Aujourd’hui retraité, il est un peu dans l’immobilier et surtout dans son Airbnb. Puis il s’en retourne à partir d’octobre profiter du soleil californien avec les siens. Dmitrijs ne parle pas le letton, car comme une grande partie de la communauté en ville et tous ses amis sont russophones, il n’en éprouve pas le besoin. Il compte 44 pays à son actif, et me confie adorer la France et Paris. Il est d’une sincérité touchante qui fait voler en éclat le cliché du russe patibulaire. Vladimir Poutine en recracherait son Borshtch.

J’aimerais que ce petit-déjeuner dure mais il est l’heure de rejoindre Greg, qui m’attend bientôt à son auberge. Après m’avoir souhaité un bon voyage et de revenir en Lettonie, Dmitrijs et moi-même nous saluons presque comme deux amis, alors que nous étions deux inconnus la veille.

Une authentique télévision soviétique.

Avec un léger retard, je retrouve mon copilote belge pour aller quérir au supermarché local les victuailles de la journée. Puis prenons pour la route. Près de 500 kms à avaler, il va falloir les digérer.

D’autant que ce ne sont pas les routes les plus funky de l’histoire. D’immenses lignes droites, assez peu de trafic et un paysage d’une platitude néerlandaise. A 13h00, la sympathique bourgade d’Alüksne nous accueille pour le déjeuner, qui se composera d’un sandwich jambon-fromage et de cookies en bordure d’un lac gentillet., à imaginer ce que serait que de vivre sous l’eau.

Nous passons ensuite la frontière estonienne sans trop nous en rendre compte puisqu’aucun panneau de l’indique. Le paysage et les routes changent un peu, plus de vallées, plus de virages, encore moins de civilisation. Nous traversons des forêts de pins immenses, et nous imaginons des films d’horreur en estonien qui ne donneraient rien à la cérémonie des Oscar.

L’arrivée à Tartu se fait vers 16h30. Un peu fourbu, je suis ravi de rencontrer Irina, mon hôte de ce soir. Elle possède une grande maison et un gros chien – Marta – beaucoup trop joueur et qui ne veut pas lâcher la belle, ce blaireau. Ma chambre est dans une cahute à l’arrière de la maison, où tout est aménagé pour accueillir des voyageurs. Lit, douche, frigo, et surtout UN SAUNA. C’était le but de la réservation, pouvoir profiter d’un authentique sauna estonien comme il se fait dans beaucoup de maisons de la région.

Mais ça attendra, puisqu’on part à la conquête de Tartu. Bénéficiant d’un karma sacrément optimal, il s’avère qu’aujourd’hui et jusqu’à dimanche se tient le food festival annuel de la ville. De la bouffe partout donc, et une bonne ambiance. Nous faisons étape en chemin au jardin botanique, qui dénombre quand même plus de 10 000 variétés de plantes et fleurs, et qui est sacrément sympa.

Quand je vous dis que c’est joli.

On gagne le centre ville en longeant une rivière, et c’est effectivement animé. Après plusieurs allers-retours dans la rue piétonne où un petit vieux joue un drôle d’instrument à trois manches, nous nous laissons tenter par une bière locale puis par une des échoppes qui sent bon la boustifaille grillée. Je sympathise avec un local qui faisait la queue devant moi afin de comprendre le principe du plat, et cède pour une grosse brochette de poulet épicé et des belles petites patates toutes rondes. Bien manger, le début du bonheur.

La soirée se poursuivra par une ballade sur les hauteurs de la ville, où se trouve l’université de Tartu et les impressionnantes ruines de sa cathédrale. Il faut savoir que c’est quand même une ville imposante – la deuxième plus grande du pays – avec ses 105 000 habitants (soit plus petit que Metz) et qui se veut être le coeur universitaire d’Estonie.

Impressionnantes ruines, n’est ce pas ?

Nous regagnons nos penates avant la tombée de la nuit, puisque Greg a choisi de camper sur un terrain non loin de ma chambrée, et souhaite s’installer en bonne et due forme avant la nuit. Je le quitte donc pour retrouver une somptueuse manière de clôturer cette fin de journée. Un feu qui crépite, le vinyle des Beatles qui tourne sur le tourne-disque, un sauna qui chauffe. Le plaisir. Je passe une quarantaine de minutes à cuire à la vapeur avant de m’écrouler sur le lit.

Il faut déjà penser à demain, et à une étape Capitale : Tallinn. Sur laquelle je fonde de beaux espoirs et qui j’espère tiendra ses promesses. A demain pour que l’aventure continue.

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