
Sortir hier soir n’a pas fait que du bien. En dehors du fait d’avoir le retard à rattraper sur les publications, il a fallu éponger tout le houblon ingéré. Mes deux comparses de voyage Riyad et Greg étant déterminés, il a fallu se bouger pour être opérationnel à 11h00, non sans mal vu que j’aurais bien passé la matinée au plumard.
Le premier plan de la journée est d’aller à la découverte du château de Kadriorg, visible un peu plus haut. On pourrait s’attendre à une grande histoire, pleine de heurts, rebondissements, conflits, trahisons et complots, mais il s’agit simplement d’un cadeau de l’empereur russe de l’époque à son épouse. Décevant, je sais. Erigé au 18e siècle, les jardins y sont magnifiques et il est à l’écart de la ville pour que justement l’empereur et sa femme puissent être au calme lors de leurs séjours d’été. La maison de campagne posée en somme.
La suite de la ballade nous mène vers le littoral de Tallinn. Nous déjeunons sur la plage en observant les immenses ferrys et paquebots qui viennent vomir leurs lots de passagers et touristes sur Tallinn. Le soleil est doux et le sable fin, ce qui rend ce déjeuner tout à fait plaisant. Avec un arrière gout de mazout.

La suite nous mène vers un vieux bâtiment à l’abandon, presque l’un des seuls du centre de Tallinn, le Linnahall. C’est une immense pièce de béton qui a servi de lieu d’épreuve de voile pour les jeux olympiques de Moscou en 1980, et qui a totalement été laissé à l’abandon depuis, bien qu’il serve d’héliport pour relier la Finlande.
Puis vient la pièce de résistance de la journée. On en parle avec Greg depuis deux jours, le free tour de Tallinn. Les free tours sont opérés par des locaux gratuitement (sans déconner), mais c’est d’usage de leur laisser un pourboire, en fonction de la qualité du circuit et des anecdotes partagées sur la ville. C’est mon tout premier free tour, et je dois dire que je n’ai absolument pas été déçu. Helen était notre guide, une estonienne une vraie, et elle s’est livrée comme jamais sur l’histoire de son pays.
L’Estonie possède en fait une histoire assez triste. On trouve les prémisses du pays aux environs du 12e siècle, mais il a très vite été pris d’assaut par les voisins. Dannois, Suèdois, Polonais, Russes et Allemands y sont tour à tour allés s’en mettre joyeusement sur la gueule pour posséder ce territoire de l’est (Est-onie). A peu près tout le monde est passé dessus en fait, sauf le train, puisqu’il n’existait pas à l’époque.
En février 1918 a eu lieu la première indépendance estonienne. Et j’insiste sur le « première », puisque l’Estonie continuera d’être le terrain de jeux des grands tyrans du 20e siècle. Voyant une porte ouverte et malgré leur guerre civile, les russes l’envahissent et l’enrôlent pour combattre ce qu’il reste des allemands. La défaite et le traité de Brest-Livotsk donne la souveraineté des estoniens aux allemands qui préfèrent passer leur tour pour cette fois, ce qui laisse à l’Estonie le loisir d’être libre, pour la première fois en sept siècles.
Puis vint la seconde guerre mondiale. Et l’occupation allemande en 1941. Et l’occupation soviétique en 1944, jusqu’en 1991 et enfin, la seconde indépendance. Les Estoniens ont célébré il y a quelques années leur plus longue période d’indépendance, ce qui en dit long sur leur condition.

Ce qui selon Helen, explique le comportement des estoniens. Ils ont la réputation d’être renfermés sur eux mêmes, peu avenants, froids. Et on peut les comprendre puisque chaque fois que des étrangers sont venus à leur rencontre, c’était pour les envahir. D’après notre guide, l’estonien moyen vous déteste. Il ne veut pas vous parler, ni vous aider. Il ne veut pas avoir d’interaction avec vous, et veut la paix. Donc n’en voulez pas à un estonien s’il est distant lorsque vous en rencontrez. C’est dans leur ADN.
Helen nous parle également de la révolution chantante qui a guidé l’Estonie vers sa liberté à partir de 1988. Ce mouvement pacifiste a réuni la moitié de la population du pays afin de contrer l’oppression soviétique et la non liberté d’expression aux travers de chants et mouvements patriotiques jusqu’en 1991. Je vous invite à regarder cette petite vidéo Youtube si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet, car un mouvement qui réunit 40 000 personnes capables de chanter d’une seule voix ne peut pas laisser insensible.
En 91, et j’en termine avec la partie historique, les soviets encore présents à Tallinn se sont révoltés contre l’indépendance estonienne et ont souhaité renverser le Parlement. Entrés dans les murs, ils voulaient à nouveau voir flotter le drapeau rouge en haut de la tour de Tallinn. Le maire de la ville, désespéré, décide alors de lancer un appel radio aux habitants afin de venir en aide aux militaires en faction dépassés en nombre. En quelques minutes, des dizaines de milliers d’estoniens viennent encerclés les putchistes, les prenant totalement au piège et les obligeant à sortir en silence au milieu de la foule en furie. Les chants patriotes reprirent de plus belle, et dès lors chaque année les estoniens célèbrent leur liberté en chantant.

Au sortir de cette véritable et poignante leçon d’histoire, nous sommes allés avec Greg et Riyad épancher une autre soif. Des shots très locaux dans une boutique médiévale et deux pintes plus loin, nous sommes poliment refusés par trois restaurants blindés et nous rabattons sur un quatrième qui s’avérera excellent, le Pegasus.
Une burrata en entrée, un steak avec une purée d’épinard en plat, un cheesecake décomposé en dessert. Le tout accompagné d’un somptueux cocktail russe blanc. C’était cher, mais bougrement délicieux. Et les petites notes rédigées en français sur nos additions par la serveuse rendront le moment encore plus savoureux. Il s’avère qu’elle vient étudier en France à compter de septembre, et que je lui ai poliment suggéré de me contacter si elle souhaite de l’aide.
Nous décidons après cet excellent diner de rentrer à l’auberge et récupérer de cette belle journée, à discuter de tout et de rien entre allemand, italien, belge, néo-zélandais et français.
Tallinn se termine, et demain nous reprenons la route. Avec pour direction une destination que je n’avais pas prévu, l’île de Kihnu. Une expérience qui devrait être unique en son genre. Mais vous en saurez plus demain.
sincèrement, tu alimentes pour te faire charirer à propos de la bière !!! et rappelle toi qu’il n’y a pas si longtemps les excès t’ont rendu malade
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