
Le réveil est un peu moins douloureux ce matin que la veille, mais j’émerge tout de même encore fastidieusement vers 08h15. Le temps d’une douche et de rassembler affaires et neurones, il est l’heure de quitter Vilnius pour aller chercher la seconde étape du séjour, Daugavpils. Située à environ 250 kms de là, cette ville se veut être la seconde plus grande de Lettonie. Car oui, on va changer de pays une première fois.
On boucle nos ceintures vers 09h50, pour près de 02h30 de route. On ? Oui, on. Greg est du voyage. Cela s’est fait tout simplement en fait. Dans la continuité d’hier soir, il m’a confirmé dès le réveil être de la partie et nous voici à battre le goudron balte en tandem franco-belge.
Greg est cool. Il a 27 ans, vit et travaille à Bruxelles dans l’événementiel. Mais c’est un grand baroudeur. Avant ça il a passé deux ans aux quatre coins du globe – un globe n’a pas de coin vont rétorquer les mesquins, je les ignore – et a vécu de sacrés aventures. Prisonnier du Sultan de Jarawak, en pleine terreur à Manicouagan, isolé dans la jungle birmane, emprisonnant les flibustiers… Non, je m’égare. Greg n’est pas démasqué, mais il a entre autres relié la Belgique à la frontière russe en stop, bourlingué dans la pampa argentine ou encore fait du bénévolat en Nouvelle-Zélande. Un aventurier vous dis-je.
Et on parle de tout avec Greg. D’écologie, de football, d’études, du niveau ridicule du gouvernement français, de l’absence de gouvernement belge, de voyages, natures, pays, découvertes, rencontres. Greg est un bon gars, assez gêné que je lui propose la place de copilote dans ma voiture de course, il me suivra au moins jusqu’à Tallinn, sans doute jusqu’à Riga.
La route nous emmène au premier passage de frontière, la Lettonie donc. Et un mini crochet au bord d’un lac tout ce qu’il y a de plus chouettos pour profiter du calme ambiant et de l’air pur.

Nous arriverons au Airbnb que j’ai réservé sur le coup de 13h00. Dmitrijs nous reçoit. Dmitrijs est un russe d’une cinquantaine d’années et ne parle pas bien l’anglais. Son air renfrogné est renforcé par la surprise de voir débarqué non pas un, mais deux visiteurs. Après quelques atermoiements autour de Google Traduction, on arrive à faire comprendre que Greg demande un prix pour une nuit ici et décidera finalement que la nuitée à l’auberge de Daugavpils correspond mieux à ses deniers.
Compréhensif, Dmitrijs s’adoucit et nous conseille après que je lui pose la question d’aller voir le fort de la ville. Etant donné que c’est une ville-étape sur la route de Tallinn et que je n’attend absolument rien de ce coin, je me dis pourquoi pas. On reprend donc la Seat pour aller déjeuner au milieu d’un fort letton.
Ce que je nous ai pas encore dit, c’est qu’en s’enfonçant dans les terres lituaniennes et lettonnes, on a pris une magistrale claque soviétique. Ici, on bouffe du bloc de béton habitable par kilomètres carrés. Aucune question à se poser sur le soucis esthétique des soviets, les russkofs n’étaient pas là pour poser du parquet mais pour envoyer de la bétonnière à tour de bras. Résultat : C’est foncièrement moche, mais diablement efficace.
Le GPS nous emmène vers une place qui semble être le coeur du fort, ceinturée elle-même d’une batterie de bâtiments tantôt chatoyants tantôt délabrés. Ce coin est un mystère.

On voit quelques touristes débarquer, prendre une photo et repartir. On se dit que non, c’est impossible que les péquins viennent juste pour trois pauvres canons, qu’il doit y avoir autre chose. Suivant notre instinct (et Google Map), nous nous dirigeons vers l’autre entrée du fort et tombons sur quelque chose « d’un peu plus touristique ».

Une belle grande porte, symbolisant l’entrée principale du fort. Et par delà, des remparts, des armoiries, et même un musée à la faveur du peintre local. Il s’avère que l’existence du biniou remonte aux années 1200, mais qu’il a vraiment été construit en préparation de l’arrivée des troupes napoléoniennes en 1810. Même n’étant pas terminé (le fort ne fut achevé qu’en 1878), il a pu diviser les troupes françaises sur leur chemin vers Saint-Pétersbourg, et les trois canons vus plus haut témoignent de cette victoire. Je n’ai rien à vous dire sur le cheval blanc qui ouvre cet article, si ce n’est que c’est « le fantôme du fort ».
On met ensuite cap vers le centre ville, qui se veut selon le panneau de présentation de Daugavpils, « éclectique ». Rien à voir ici avec le 110m haies et les courses d’éclectisme. Daugavpils est construit sur les rives du fleuve Daugava, rien d’original jusque là.
Mais c’est son mélange de styles architecturaux qui détonne. Du bloc soviet en veux tu, en voilà. Mais aussi de jolies petits buildings de styles gothiques, une rue pavées et piétonne centrale, un petit tram très moderne et des bus ayant sans doute connu Staline, tout se mélange.
Une église orthodoxe dans le plus pur style kitch trône à côté d’une place où se prépare semble-t-il un concert. Nous déambulons dans les rues jusqu’à se faire atteindre par la soif, et nous laissons vaincre par une bière.

Après quelques longueurs de rues à commenter l’architecture et un arrêt dans un parc aux abords d’une fontaine à s’amuser des gosses qui s’esquintent en trotinette, on se dit qu’on repasserait bien par la place du concert.
Il s’avère que ça démarre à 18h00, et que c’est le jazz band des Very Nice People qui ouvre la danse. Le public est majoritairement dans ses années 70, nous plombons donc largement la moyenne d’âge. Et pourtant, le son est agréable et inattendu.
Vient ensuite Aija Andrejeva, chanteuse lettonne présente à l’Eurovision 2010. Ca ressemble à de la pop, c’est du letton, j’entrave que dalle et m’en lasse assez vite. La place réunie pourtant plus de 500 spectateurs mais je ferais d’ailleurs comprendre à Greg qu’il est temps de bouger, on a de la route demain.
Daugavpils était une étape tout à fait aléatoire, mais qui a quand même offert son lot d’inattendu et de charme. Après un burger sympa dans un simili resto-bar-boite de nuit à l’ambiance très médiévale (des armures et des armoiries partout), je dépose Greg à son auberge et lui dit à demain pour une troisième étape.
Demain, c’est Tartu. Demain, c’est l’Estonie.