
Second jour du périple balte. Et une fois n’est pas coutume, journée placée sous le signe de la culture. Car ça ne fait pas de mal, et la Lituanie semble en avoir beaucoup à en offrir. Ce qui aide énormément à comprendre son esprit contemporain.
Emergeant difficilement vers 10h30, je subis encore les sévices de la courte nuit précédente. Je parviens à me jeter dehors après d’une douche lituano-écossaise vers 11h30 et avec un premier objectif : le Musée du KGB.
Je l’avais repéré hier sur mon plan, mais il était à l’opposé du circuit que j’ai fait, et agréablement proche de mon auberge. Ce musée a en fait plusieurs noms : le Musée du KGB donc, le Musée des victimes du génocide, ou encore le Musée des occupations et des combats de la liberté. Ce qui en dit assez long sur son contenu.

Il n’est pas ici seulement question de la répression opérée par le KGB, mais par toutes les répressions des régimes totalitaires que ce pays a connu depuis son souhait d’indépendance. Sa position géographique en a malheureusement fait le point d’impact naturel entre le marteau nazi et l’enclume soviétique. Dès 1941 donc, les allemands établissent leurs quartiers dans Vilnius pour diriger leurs opérations sur la région, et s’affirmer contre Moscou en dépit du pacte de non-agression ratifié en 1939.
Le peuple Lituanien n’y échappe pas. Gestapo, répression, déportation, extermination du peuple juif et des réfractaires au totalitarisme germanique. En 1944, avec l’inversion du rapport de force et la débâche à venir des allemands, les Soviets prennent la main et investissent à leur tour les meubles de Vilnius. Et ils ne sont pas venus pour jouer à la marelle. Entre 44 et 53 (soit jusqu’à la mort de Staline), c’est près de 200 000 lituaniens qui sont déportés vers les confins russes, la plupart n’en reviendra pas. Et le trépas du Général Moustache en 53, s’il atténuera un peu les méthodes anti-humaines des soviets, ne rendra pas pour autant leur liberté aux lituaniens.

A partir de 1953, le KGB entre en action. Et déploie tout ce qu’on voit dans les films, voire même infiniment plus. Espionnage, contre-espionnage, endoctrinement, contrôle des élites, surveillance des étrangers, tout y passe. Et ceux qui ne se plie pas à la doctrine soviet sont priés d’aller voir ailleurs au goulag si c’est mieux. Après un passage éventuel dans les geôles locales.

Si le Musée est composé de salles permettant de comprendre l’évolution temporelle de la répression vécue en Lituanie, le sous sol est lui totalement en l’état. Et il fait diablement froid dans le dos. Les cellules, la salle de torture, les douches, le bureau du commandant, jusqu’à la salle d’exécution, tout y est authentique.

Ces murs verts font froid dans le dos, et je n’ai pas pu rester bien longtemps dans la salle d’execution, glacé par les impacts de balle toujours présents sur les murs. Mais cette terrifiante visite m’apporte une vision plus claire de ce qu’est l’état d’esprit lituanien.
Pendant près de 50 ans, ces gens ont vécu dans l’opprobre et la répression, leur demandant d’oublier leur culture et leur nature. Pendant près de 50 ans ils ont tenu en vie et en secret leur langue, leur histoire, leur amour de leur poésie, de leur littérature, de leur pays. Cela donne d’ailleurs énormément plus de sens à l’existence de la République d’Uzupis vue hier. Une leçon de vie que l’on ne voudrait plus voir arriver nulle part.
Il a fallu une grande pizza pour se remettre de cette sortie, et après une petite pause à l’auberge je m’embarque pour un paysage nettement moins sinistre : Trakai Island Castle.

A environ 35 minutes de route de Vilnius se trouve le seul château insulaire de toute l’Europe de l’est. Achevé au début du 15e siècle par Vytautas le Grand, Grand-Duc de Lituanie (cet homme a décidément beaucoup de superlatifs, ou quelque chose à compenser).
La visite, bien qu’elle soit charmante, n’apporte pas grand chose sur la raison de l’existence d’un chateau au milieu d’une foutue île. Certes, c’est quand même dur à assiéger, un château au milieu d’une saloperie d’île. Mais quand même, la caractéristique même d’un château n’est elle pas de défendre une position ?
Tombé en désuétude au 18e siècle, des grands penseurs ne sont succédés pour marteler que non, il ne faut pas laisser tomber l’héritage culturel de la Lituanie. Et c’est seulement dans les années 60 qu’il fut totalement rénové et demeure aujourd’hui l’une des fiertés nationales. Les grands pontes (pas les plus grands, mais quand même des grands pontes) se succèdent pour visiter la bâtisse, qui impose en effet un certain cachet romantique (à voir ici pour vous donner une idée).

Outre le château, Trakai est une petite ville en bord de lac tout à fait charmante. Elle comporte de jolies maisonnées en bois bordant l’eau, et des wagons d’attrapes-touristes vu qu’il en arrive par bus pleins. Mais elle mérite de s’y arrêter, ce que j’ai fait en m’asseyant en bord de lac pour manger des raisins et me faire racketter par des canards affamés.
La soirée ne sera consacrée qu’à du repos, et la rencontre de Greg, voisin de chambrée. Greg est belge et présent par hasard. Il sort de vacances en Pologne avec sa copine et avait encore dix jours à tuer donc il a filé droit vers l’est. Le voilà à Vilnius et il ne sait pas où aller.
Greg, est-ce un hasard si j’ai une place dans une voiture qui part faire dix jours de trip dans les pays baltes ? Possiblement. Toujours est il que demain, Greg embarquera très probablement avec moi. Et je vais avoir dix jours pour lui rappeler que la France est championne du monde.
Et demain, c’est la seconde étape : Daugavpils, en Lettonie. A demain avec Greg, ou pas.