Jour 1 : Vilnius

Nous y voilà. Nous y sommes. Et tel que vous le voyez, je m’affaire déjà à la tâche. Cette Grimbergen à 2.50€ (j’ai bien dit 2.50€) qui trône fièrement devant un bar totalement vide sera mon compagnon de soirée. A l’heure de ces lignes, je suis dans une auberge de jeunesse ni fameuse ni miteuse située dans le nord de la ville de Vilnius.

Après un réveil à 04h00 du matin, un départ 45 minutes plus tard, un décollage à 07h20 et un léger suspense lors du transfert à Vienne pour cause de retard, j’ai atterri à Vilnius à 12h45 heure locale, fumé comme un lardon. Il a fallu ensuite récupérer le char qui me permettra de battre la campagne lors des 15 prochains jours. Après un long moment de recherche et d’hésitation à se dire « mais bordel, l’agence dans laquelle j’ai réservé existe-t-elle vraiment ? », je m’en tire avec une Seat Ibiza. C’est pas si mal.

J’ai été reçu vers 14h30 à « l’Opéra Hotel » par le tenancier de cette modeste cambuse. L’homme en question tient globalement du cliché « jeunesse russe qui a juste besoin de croiser votre regard pour se faire respecter ». Le bras droit couvert d’une espèce manchette de tatouages, c’est un poids plume qui a l’air suffisamment affuté pour faire sauter facilement des molaires. J’ai donc l’instantanée envie d’être sympathique avec lui.

Il me conduit dans les étages par un ascenseur de 1972 qui doit être révisé une fois par décade, puis par delà les couloirs de chambre d’hôpital dans la « Room number 2 », un banal empilement de lits superposés. Je lui soutire les quelques informations utiles à ma survie (wifi, supermarché le plus proche) et le laisse faire mon lit à moitié. Je finirai moi-même, pas de soucis, merci, je vous aime.

C’est dans cette même chambre que je fais la rencontre d’un premier voyageur. Et c’est un français. Il a l’air aussi ravi de moi de croiser un compatriote. Pas de nom, pas d’âge, pas de destination. On s’échange juste quelques questions de politesse, et j’apprends qu’il vient souvent pour « danser », que « les filles y sont jolies et la bière par chère ». C’est sommairement résumé, mais suffisant pour le moment. Sa seule recommandation sera d’aller me perdre dans la vieille ville. Ce qui occupera toute mon aprem’.

De ce que j’en ai vu de mes trois heures d’errements dans Vilnius – et vous me direz à raison qu’on ne tire pas de leçon sur une ville en si peu de temps, et je vous répondrais que je m’en fou en prenant une nouvelle pinte -, cette ville est un immense collage. Il y a de tout, pour tous, et chacun à l’air de s’en contenter. Ce qui est carrément plaisant. Immense influence soviétique dans l’architecture de la ville, on ne s’en retrouve pas moins subjugué par des petites rues piétonnes pavées qui sentent bon le passé médiéval.

L’orthodoxe et le christianisme font du bon copinage. Le capitalisme est lui aussi bien présent au banquet. On se fait livrer son Uber, les gamins font les marioles sur des trottinettes électriques en portant des maillots de Barcelone et d’Arsenal, on fait la queue pour recharger sa clope électronique. La bonne routine d’une capitale en fait. Mais pas que. Il y a un côté accessible qui donne envie de continuer dans cette rue pavée pour voir sur quoi on va tomber, et qui ne nous déçoit jamais. Ici l’Université, là l’Hôtel de Ville, là-bas un musée. Tous aussi impressionnant les uns que les autres.

Ici l’Eglise Sainte-Anne

Mais le plan de la ville ne m’a pas mené que vers de jolies briques rouges. A la découverte de la « République d’Uzupis », je n’ai pas pu faire autrement que trainer ma carcasse vers ce pays fictif dont je n’ai jamais entendu parler.

Car on parle bien d’une République, qui a sa propre constitution, son Président, et une fontaine à bière. Son nom signifie « par delà la rivière », et elle se veut être le repère des artistes de la ville. J’ai dû me documenter un peu pour comprendre le pourquoi du comment du délire d’Uzupis. L’histoire voudrait que deux habitants du quartier assis autour d’une bière ont décidé un jour d’en faire une République. L’un serait le Président, l’autre le Ministre des Affaires Etrangères. Le Parlement se situe dans un bar, et la Constitution y fut rédigée en trois heures.

Et cette Constitution, qu’on trouve même en Français, est épique

Si Uzupis se veut être une blague, elle défend des causes sérieuses. C’est ainsi qu’on y trouve une maison du Tibet, qui veut défendre le Tibet de l’occupation par la Chine et qui a valu un gel de toutes les exportations lituaniennes vers la Chine (ça doit pas se résumer à beaucoup plus que quelques bocaux de confitures de mûres).

Art, musique et nature sont les plus belles préoccupations d’Uzupis

C’est un sacré délire. Mais un délire ayant une portée et une signification tellement belle qu’on ne peut que s’y arrêter. Surtout lorsque l’on sait que le quartier était autrefois le plus ghetto de la capitale, avec une rue sinistrement renommée « rue de la mort ».

La fin de l’après-midi s’est soldée par une poursuite de ballade dans la vieille-ville avant un énorme coup de barre qui m’a précipité vers une sieste d’une heure trente à l’auberge et la traque d’un diner frugal et houblonné.

Il est temps de refaire le plein d’énergie. On profitera un peu mieux de la vie nocturne demain, et surtout de la première excursion du voyage : Trakai Island Castle. Un chateau, sur une foutue île.

Je veux en comprendre l’intérêt. A demain.

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2 Comments

  1. Incroyable ce pays imaginaire ! Y’a des gentils fous partout qu’on a envie de rencontrer 🙃. Merci de nous faire vivre ces rencontres par procuration.

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